Analyse transactionnelle : ces trois personnes dans ma tête…

Qui n’a jamais surpris son enfant intérieur lancer un “J’en ai marre !” sous la forme d’un soupir au beau milieu d’une conversation ennuyeuse ?

Différentes facettes de notre personnalité se révèlent selon les contextes – privé, professionnel, intime – et peuvent modifier notre rapport aux autres. Il y a 4 ans, je découvrais durant mes études que l’Analyse Transactionnelle abordait ces sujets passionnants en proposant des modèles et outils pour mieux comprendre notre communication !

Dans ce billet, je vous propose donc de partager les bases de cette théorie. De démystifier ces différents personnages qui s’expriment à travers nous. De découvrir pourquoi certains échanges restent voués à l’échec. Et enfin, une sélection d’outils pour sortir gagnant-gagnant de nos interactions de tous les jours !

Sommaire

L’analyse transactionnelle est un sujet vaste qui me passionne. Et malgré ma volonté de condenser au maximum les idées, l’article reste très complet. Voici donc un sommaire des sujets que nous allons aborder :

Etats du moi

Transactions

Communication conflictuelle

Quelques outils…

Petit enfant deviendra grand

Souvenez-vous…

Notre éducation, la plupart de nos aspirations et nos valeurs nous ont tout d’abord été transmises par nos premiers éducateurs : nos parents. A leur contact, nous avons très vite appris, en suivant leurs conseils, à différencier le bien du mal, à analyser notre environnement, nous y adapter. Nous avons également appris à nous opposer à ces ordres parentaux, à chercher notre personnalité, à faire des expériences.

En grandissant, nous prenons de la distance avec ces concepts parentaux et devenons indépendants. Ils restent cependant gravés dans notre mémoire et perdurent à travers notre expérience. Nous devenons aussi plus matures, devons faire face aux événements de la vie – métro, boulot, dodo – et trouver notre position dans la société. L’enfant que nous étions a donc bien grandi. Mais il n’a pas disparu pour autant !

Les états du moi

L’analyse transactionnelle est née de l’étude du psychiatre Eric Berne. En souhaitant arriver à une thérapie plus efficace et plus rapide, il a créé une nouvelle branche à la psychanalyse. Ses travaux se basent sur les états du moi qui sont des systèmes de pensée et de sentiment que l’on peut retrouver dans les comportements de chaque être humain.

Il existe trois catégories d’états du moi (voir figure 1). Tout d’abord, ceux qui dérivent de personnages parentaux. Lorsqu’un individu “investit” l’état du moi Parent, il reproduit le comportement d’un de ses parents tel qu’il l’a connu dans son enfance. C’est l’état du moi qui est activé lorsque nous faisons par exemple appel à nos valeurs morales.

L’état du moi Adulte. Dans cet état du moi, nous analysons objectivement notre environnement, calculons les possibilités et choisissons les solutions les plus adaptées en rapport avec notre expérience. C’est l’état du moi qui est le plus utilisé – ou qui devrait l’être – dans le contexte professionnel.

Enfin, l’état du moi Enfant, cet enfant que nous n’avons pas oublié et qui continue à s’exprimer, rire, craindre, grogner. C’est la partie la plus riche de notre personnalité car c’est celle qui permet à notre créativité de s’exprimer.

Pas si vite !

Bien entendu, notre psychisme est loin d’être aussi simple. Nous pouvons en effet trouver des distinctions importantes dans les comportements représentatifs de ces états du moi. Le Parent peut ainsi être protecteur, celui qui console, on l’appellera le Parent nourricier. Il représente également l’autorité, la morale. C’est le Parent autoritaire.

L’Enfant a lui aussi ses caractéristiques. On parlera d’Enfant libre ou naturel lorsque celui-ci extériorise ses sentiments, rit, fait preuve de créativité. D’un autre côté, l’Enfant rebelle sera celui qui remet en cause l’autorité, s’agite et cherche à se faire remarquer. Entre les deux, l’Enfant adapté voire soumis qui se contraint aux règles, n’ose pas s’affirmer… (voir figure 2)

Comme vous l’aurez remarqué, l’Adulte ne se subdivise pas. C’est un état du moi stable, naturellement ajusté.

Et après ?

Connaître les différents états du moi constitue la base. Il s’agit ensuite d’arriver à les détecter. Nos états du moi s’expriment par différents canaux : les paroles, le ton de la voix, mais aussi les gestes, les lapsus, etc. Parfois, un état du moi prend le contrôle exclusif de tous ces canaux. Par exemple lorsque notre Parent autoritaire juge sévèrement le travail d’un collaborateur en alliant le geste à la parole. La situation est alors facilement reconnaissable.

Par contre, certains échanges peuvent être bien plus difficiles à analyser ! C’est le cas quand plusieurs états du moi s’expriment en même temps en fusionnant dans un seul canal de communication. Ou en se dissociant dans des différents. Vous avez sans doute déjà été témoins de ces situations où votre interlocuteur délivre un message tout en exprimant le contraire par un geste ou une mimique. Le “Oui, je suis d’accord” de notre Adulte associé à une rotation de tête exprimant le “Non” de notre Enfant rebelle.

Analyser ses propres états du moi constitue donc un exercice périlleux ! C’est plutôt dans l’observation de nos interlocuteurs que tout va se jouer !

Communication = Σ transactions

En analyse transactionnelle, nous investissons successivement différents états du moi. Nos interlocuteurs également. Les échanges qui vont avoir lieu entre deux personnes sont donc largement influencés par leur état du moi en présence. Etat du moi qui va orienter leur façon de répondre, de réagir à une parole, un geste. Ces réactions face à un stimulus sont nommées transactions (voir figure 3).

Un simple calcul permet de voir que le nombre de transactions différentes peut être important : 9 couples d’état du moi possibles pour le stimulus, autant pour la réaction, soit 81 transactions potentielles. Nous allons donc toutes les étudier en détail… Ou alors nous cantonner aux quelques principales que nous observons le plus souvent, ce qui vous intéressera sans doute plus !

Des transactions simples

Certaines transactions vont être plus faciles à analyser que d’autres. Les transactions “complémentaires” par exemple mettent en relation un couple d’états du moi qui se répond de manière parfaitement parallèle (voir figure 4). Ce sont des échanges sans surprise entre les personnes : l’état du moi auquel nous adressons un message répond au nôtre de manière attendue.

 

Les surprises surviennent lorsque nous lançons un message à un état du moi… et recevons la réponse d’un autre ! Nous expérimentons tous les jours ces transactions “croisées” : ce sont les échanges inattendus qui nous surprennent, nous agacent et menacent la bonne marche de nos discussions. On en dénombre quatre principaux (voir figure 5).


Des transactions doubles

D’autres transactions vont s’avérer plus subtiles à reconnaître. Sous l’apparence de transactions simples au niveau social, elles dissimulent un deuxième niveau de communication psychologique.

Dans les transactions angulaires une personne tente par exemple de dominer son interlocuteur en s’adressant à un état du moi (par exemple l’Adulte) mais en visant secrètement un autre état (par exemple l’Enfant). S’il parvient à son objectif, la transaction est dite réussie (voir figure 6).

De la même manière, les transactions duplex sont des échanges où les états du moi apparents sont tous deux différents des états du moi doublement ciblés (voir figure 7).

Nous pouvons noter que ces transactions doubles multiplient le nombre d’échanges possibles (pour les mathématiciens : 81² transactions doublées – les 81 superposées aux simples = 6480 possibilités !). On peut donc constater que l’analyse transactionnelle n’est pas un modèle simpliste de nos interactions !

Conflit = communication

Choisir son niveau

Nous passons donc notre temps à communiquer à grands coups de transactions ! Parfois banales, parfois mesquines, parfois profondes. L’analyse transactionnelle définit dans la structuration du temps six modes :

  • Le retrait : absence de communication avec autrui
  • Le rituel : ces conversations et formules d’usage qui font partie de notre culture, par exemple le “Bonjour, ça va bien ?” du matin dont nous ne prenons même plus la peine d’attendre une réponse (essayez de répondre “Non, pas du tout” pour voir…)
  • Le passe-temps : comme son nom l’indique, des conversations sans véritable but, lieux de conformisme et autres “Comment ça se passe au boulot ?”
  • L’activité : des échanges dédiés à la réalisation d’un objectif commun, c’est le mode le plus utilisé – avec le suivant – dans nos milieux professionnels
  • Les jeux : l’un des niveaux les plus intéressants à analyser, ce sont les situations pimentées où nous nous mettons dans des situations difficiles (conflits, échecs,…) avec un objectif – inconscient – bien précis, nous allons le voir…
  • L’intimité : ce sont les rares moments où nous exprimons nos sentiments et pensées intimes (amour, joie, colère,…) de manière réelle et sincère

Les jeux psychologiques sont partout !

Il n’est pas possible d’avoir avec tout notre entourage des échanges intimes. Néanmoins, pour tout de même recevoir des appréciations et sensations de ces personnes, nous avons les jeux. Nous y participons sans relâche lors d’échanges caractérisés par des transactions doubles et complémentaires qui progressent vers une situation prévisible.

Les raisons de jouer sont nombreuses et souvent inconscientes : éviter d’affronter la réalité, dissimuler les motifs de nos actes, justifier nos comportements, revivre une expérience de l’enfance, recevoir des signes de reconnaissance qui nous manquent ou encore suivre un scénario de vie issu de notre histoire (n’oublions pas qu’Eric Berne était psychiatre). Un jeu se conclue généralement sur un malaise entre chacun des participants. Malaise pouvant aller jusqu’à une rupture totale de la relation, voire dans des cas extrêmes, une fin tragique (meurtre, suicide, aliénation).

Certains jeux sont connus de tous. Un très célèbre est par exemple le “Pourquoi est-ce que tu ne… ? / Oui, mais…” où un protagoniste se met en situation de victime permanente et expose ses misères à son entourage. A chaque fois qu’une aide lui est proposée (“Pourquoi est-ce que tu n’utiliserais pas telle solution ?”), il la refuse d’un Oui, mais ce n’est pas possible d’activer telle partie…”, et ce de manière incessante.

Autre composante importante d’un jeu : les retournements de situation. Les différents acteurs de jeux passent successivement dans chacune des trois positions du triangle dramatique défini par le psychologue Stephen Karpman (voir figure 8). Ainsi, dans notre exemple précédent, le bon samaritain finira sans doute par être excédé du manque de volonté de la victime et le lui reprochera, passant ainsi de la position sauveur à celle de persécuteur.

Pour aller plus loin sur le concept des jeux psychologiques – qui nécessiterait un livre entier – je vous invite à lire l’article suivant qui reprend son concept et explique plus en profondeur ce triangle de Karpman. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous pouvons difficilement éviter les jeux ! Voyons tout de même comment s’en sortir.

Choisir l’Adulte

Nous partons souvent du principe que les phrases énoncées par nos interlocuteurs sont univoques et que la signification que nous en tirons est partagée. Mais, vous l’avez compris, ce n’est que rarement le cas. La communication devient complexe lorsque les transactions ne sont pas complémentaires et qu’il n’y a pas d’équilibre dans les états du moi en présence. Difficile alors d’arriver à une situation gagnant-gagnant.

La solution ? Savoir repérer le déséquilibre, faire preuve d’écoute pour comprendre le point de vue de l’autre, ce qu’il désire vraiment. Puis orienter la discussion vers une issue favorable pour chacun en utilisant un raisonnement objectif. Dans un jeu, cela doit avoir pour effet de casser la permutation infinie et déboucher sur une communication d’Adulte à Adulte.

Mieux se comprendre pour comprendre les autres

Signes de reconnaissance

Pour avoir une communication optimale, il est nécessaire de reformuler ce que nous entendons pour nous assurer de l’avoir bien compris. De la même manière, il convient d’exprimer nos ressentis de manière à ce qu’ils soient compris et bien reçus par nos interlocuteurs.

On peut alors distinguer plusieurs types de signes de reconnaissance :

  • les positifs / négatifs
  • les conditionnels qui se basent sur des actions ou des faits / les inconditionnels qui touchent à des particularités intrinsèques des personnes
  • les verbaux exprimés par des mots / les non-verbaux par des gestes, attitudes (clin d’oeil, sourire…)
Conditionnels Inconditionnels
Positifs “Ton travail est excellent aujourd’hui !” “Tu es excellent !”
Négatifs “Ton calcul est mauvais” “Tu es mauvais”

La distribution de signes de reconnaissance (verbaux ou non) est primordiale dans une relation. Pour que ces derniers soient les mieux acceptés, il est important de privilégier les conditionnels qu’ils soient positifs ou négatifs. D’ailleurs, pour obtenir le meilleur de nos relations, il est conseillé de décupler le nombre de feedbacks valorisants : 9 positifs pour un négatif !

Positions de vie

Selon les signes de reconnaissance que nous recevons et les expériences que nous avons vécues durant notre vie, nous allons avoir tendance à nous positionner par rapport aux autres. En analyse transactionnelle, il y a 4 positions de vie :

Moi Les autres
+ + Position idéale et saine : j’estime les autres et suis valorisé par ces derniers
+ Position d’arrogance et de médiocrité : je m’estime supérieur aux autres
+ Position dépressive : je suis mauvais, les autres me sont supérieurs
Position dérisoire, désespérée, cynique : je suis mauvais, les autres sont mauvais

Notre positionnement naturel induit certains de nos comportements dans nos transactions quotidiennes. La position à viser est bien entendu la position +/+ qui permet un équilibre dans les relations et favorise les issues favorables dans les conflits.

Connaitre ses “drivers”

Malgré la connaissance des états du moi et des outils présentés, notre personnalité, celle de nos interlocuteurs et leur mode de fonctionnement restent un mystère, et heureusement ! Néanmoins, un dernier outil peut nous être utile pour mieux nous comprendre et nous adapter à ce qui nous stimule : les drivers.

Il existe 5 catégories de croyances qui peuvent façonner notre façon d’agir. Ces tendances sont issues de notre construction personnelle et des messages que nous avons reçus lorsque nous étions enfants. Ces injonctions répétées telles que “Ne pleure pas !” nous ont donné des objectifs qui continuent à nous caractériser à l’âge adulte avec leurs forces et faiblesses. Il convient alors de faire attention à ces tendances et de connaître la parade permettant de ne pas s’y empêtrer !

Fais plaisir
Message durant l’enfance “Sois gentil, je suis fatigué”
Croyance “J’ai besoin de faire plaisir aux autres pour être aimé”
Forces Serviable et consensuel
Faiblesses Néglige ses propres besoins
Parade “Ose dire non !”
Sois fort
Message durant l’enfance “Arrête de pleurer !”
Croyance “Je peux tout gérer, je n’ai besoin de personne”
Forces Discipline et rigueur
Faiblesses Ne s’accorde pas le droit à l’erreur
Parade “Tu as le droit de demander de l’aide !”
Sois parfait
Message durant l’enfance “Tu aurais pu faire mieux”
Croyance “J’ai besoin de me sentir irréprochable et que tout soit exécuté de manière parfaite”
Forces Ne laisse rien au hasard
Faiblesses Se noie dans les détails
Parade “Tu as le droit de faire des erreurs !”
Fais des efforts
Message durant l’enfance “Tu n’as plus rien à faire ?”
Croyance “Plus je m’acharne, plus je transpire, plus ce que je fais est important, peu importe le résultat”
Forces Persévérant, lutte pour s’en sortir
Faiblesses Perd de vue le but visé
Parade “Tu as le droit de réussir !”
Dépêche-toi
Message durant l’enfance “Tu n’as pas encore fini ?”
Croyance “Je vais pouvoir tout faire, même si je suis débordé, il suffit que je me dépêche !”
Forces Est efficace dans l’urgence
Faiblesses Travaille dans la précipitation
Parade “Commence plus tôt !”

Avec ces drivers, nous pouvons maintenant mieux comprendre pourquoi certains de nos proches agissent différemment de nous. Mais aussi une nouvelle manière de les accompagner ! En leur signifiant que nous comprenons leur but, il devient plus facile de leur expliquer les nôtres et d’essayer de les faire converger. Quant à trouver et accepter ses propres parades, c’est un challenge qui n’appartient qu’à soi et qui ne peut être imposé…

En conclusion

Vous connaissez maintenant les bases de l’analyse transactionnelle. Ces outils sont aujourd’hui beaucoup utilisés en développement personnel et en coaching d’entreprise. Néanmoins, ils ont été initialement mis en place par Eric Berne pour tenter d’expliquer nos névroses et comprendre le grand jeu qu’est notre vie avec l’analyse scénarique. Or c’est pour vous parler de ce sujet que j’ai réalisé cet article…

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bloculus

Je suis convaincu que la communication est la base de tout succès ou échec dans nos vies. Et bien souvent, elle est le fruit d’une histoire, d’un environnement et du cadre qu’il impose… C’est l’origine de ma passion pour les 3 sujets de ce blog : communication, psychologie, sociologie.

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